D.R
Édouard Chalhoub nous livre ses réflexions sur la mise en place d’une remise à niveau périodique des compétences liées à la manipulation des fluides frigorigènes, l'un des changements majeurs introduit par la F-Gas III (2024/573). 

Autrefois valable sans limitation de durée, l’attestation d’aptitude devra désormais faire l’objet d’une remise à niveau tous les sept ans. Pour les attestations existantes, cette mise à niveau devra notamment être réalisée avant le 12 mars 2029.

C’est dans ce contexte que j’ai décidé de faire certifier mon centre de formation, Frigoristes Solidaires, afin de pouvoir proposer cette nouvelle remise à niveau. Frigoristes Solidaires est aujourd’hui le premier organisme de formation à avoir obtenu un avis favorable de Bureau Veritas pour proposer ce dispositif.

Mais cette évolution réglementaire m’amène à poser une question essentielle : obtenir une attestation signifie-t-il que le technicien possède les compétences pratiques nécessaires pour intervenir en sécurité?

Un référentiel avec une ambition légitime

Le règlement F-Gas 2024 se veut particulièrement ambitieux dans son référentiel pour l’attestation d’aptitude. Cette ambition contraste d’ailleurs avec certains référentiels du ministère du Travail qui ont progressivement vu leurs exigences à la baisse, avec notamment la suppression de la compétence « mise en service » du référentiel du titre professionnel de technicien d’intervention en froid industriel.

La F-Gas prend, sur ce point, une direction différente. Le référentiel ne se limite pas à la manipulation des fluides frigorigènes. Il aborde un ensemble de compétences et de connaissances qui vont de la législation et de la thermodynamique jusqu’à la mise en service, la maintenance, le montage, l’efficacité énergétique, l’analyse des risques et, pour finir, le dimensionnement des installations.

Et cette ambition ne concerne pas uniquement les HFC. Elle s’étend également aux technologies utilisant le propane, l’ammoniac et le CO₂, si l’on envisage les différentes catégories A1, B et C.

On ne peut que reconnaître une ambition légitime du législateur : voir notre profession réservée à des professionnels compétents, clairement identifiés, capables d’intervenir sur des technologies de plus en plus complexes.

Mais la réglementation a-t-elle réellement les moyens de ses ambitions ?

C’est là que mes interrogations commencent.

Le référentiel définit des compétences ambitieuses, mais rien, ou presque, n’est prévu concernant les prérequis nécessaires pour accéder à ces formations. Il n’est pas non plus fixé de durée minimale pour les formations initiales permettant d’acquérir l’ensemble de ces compétences.

Il suffit pourtant de regarder l’application de la précédente version de l’attestation d’aptitude pour savoir ce qui peut se passer dans les centres de formation. On y voit un grand nombre de personnes venant d’horizons divers : électriciens, plombiers, personnes en reconversion, parfois sans aucune connaissance préalable du métier du froid, obtenir après seulement trois jours de formation le précieux sésame.

Avec la nouvelle réglementation, ces mêmes personnes pourront potentiellement obtenir en plus des compétences sur des technologies mettant en œuvre des fluides présentant des risques très différents : le CO₂ fonctionne à des pressions élevées, l’ammoniac présente notamment un risque de toxicité et les hydrocarbures sont potentiellement explosifs.

C’est précisément là que je trouve que cette réglementation devient préoccupante.

Car comment peut-on, en quelques heures supplémentaires de formation, passer d’une personne qui ne possède pas nécessairement les fondamentaux du métier de frigoriste à une personne à qui l’on reconnaît des compétences sur des technologies aussi spécifiques ?

Le problème n’est évidemment pas de vouloir développer les compétences sur le CO₂, l’ammoniac ou le propane. C’est indispensable pour accompagner l’évolution de notre profession. Le problème est le décalage possible entre l’ambition du référentiel et les moyens réellement prévus pour atteindre le niveau de compétence qu’il revendique.

Un référentiel qui aborde la mise en service, la maintenance, l’analyse des risques, l’efficacité énergétique ou encore le dimensionnement porte nécessairement une ambition de former de véritables professionnels capables d’intervenir et, à terme, de mettre au point des installations.

Mais peut-on réellement atteindre cet objectif sans prérequis et sans durée minimale de formation ?

Pour la sécurité des biens et des personnes, je pense que ces technologies devraient être réservées à des professionnels disposant a minima d’un diplôme ou d’un titre professionnel dans le domaine du froid et de la climatisation, complété par une formation spécifique à la technologie concernée.

L’attestation d’aptitude devrait venir reconnaître et compléter une compétence professionnelle existante, et non devenir, après quelques heures de formation, le moyen de donner l’illusion de maîtriser une technologie complexe et potentiellement dangereuse.

L’ambition du législateur est donc légitime. La vraie question est maintenant de savoir si les conditions d’accès et de formation permettront réellement d’être à la hauteur de cette ambition.

Peut-on apprendre certains gestes de sécurité derrière un écran ?

L’arrêté du 21 novembre 2025 précise les modalités de la remise à niveau et permet notamment de réaliser la formation à distance. Sa durée de 3 h 30 prévoit notamment des contenus vidéo consacrés à la manipulation des hydrocarbures.

Pour une entreprise, l’intérêt est évident : un technicien peut suivre la formation sans quitter son poste pendant une journée entière. Cela réduit les déplacements, les frais et le temps d’absence du terrain.

Mais peut-on réellement acquérir un savoir-faire de sécurité par visioconférence lorsqu’il s’agit de manipuler un fluide inflammable ?

Je ne remets pas en cause l’intérêt de la théorie. Une formation à distance permet de transmettre des connaissances sur la réglementation, le fonctionnement des installations ou encore les évolutions liées au phase-out des HFC. Elle peut permettre au professionnel de mieux comprendre les technologies qui vont progressivement remplacer les fluides fluorés et d’anticiper les futures interdictions.

En revanche, apprendre à manipuler un hydrocarbure, à récupérer une charge, à charger une installation ou à réaliser un brasage en sécurité me semble d’une autre nature.

Depuis plusieurs années, j’ai l’occasion de collaborer avec plusieurs fabricants : Atlantic, Lennox et maintenant Mitsubishi dans le déploiement du R290 auprès de leurs équipes. Cette expérience m’a convaincu d’une chose : l’arrivée des hydrocarbures impose une évolution importante de nos pratiques d’installation et de maintenance.

Cela ne s’acquiert pas au détour d’une formation de 3 h 30 derrière un écran.

Le cas particulier des hydrocarbures

C’est pour cette raison que je propose, parallèlement à la remise à niveau réglementaire, une formation spécifiquement consacrée à la manipulation des hydrocarbures.

Pendant deux jours, les stagiaires travaillent directement sur des équipements et réalisent notamment des opérations de charge, de récupération et de brasage. L’objectif est de confronter le technicien à des situations concrètes, de lui faire appliquer les procédures de sécurité et surtout de lui permettre d’acquérir les bons réflexes.

La différence est importante : dans un cas, on valide des compétences à l’aide d’un QCM ; dans l’autre, on cherche à développer un savoir-faire opérationnel.

La question mérite d’autant plus d’être posée que le propane, classé A3, présente un risque d’inflammabilité important. Pourquoi cette technologie, qui nécessite justement une évolution profonde des pratiques, peut-elle être abordée sans mise en situation pratique dans le cadre de la remise à niveau ?

Et l’ATEX dans tout cela ?

Une autre question me semble essentielle : la remise à niveau de l’attestation d’aptitude peut-elle être considérée comme une formation suffisante face au risque d’explosion ?

À mon sens, il faut clairement distinguer les deux.

L’attestation d’aptitude répond à un référentiel de la réglementation F-gas. La prévention du risque d’explosion, notamment dans le cadre de l’ATEX, répond à une autre logique. La formation permettant d’obtenir l’attestation de manipulation ne doit donc pas être considérée comme une formation à l’ensemble des risques auxquels un technicien est exposé sur le terrain.

Le risque serait de créer une illusion de compétence : le technicien possède son attestation, l’employeur a satisfait à une obligation réglementaire, mais ni l’un ni l’autre n’ont nécessairement acquis la garantie que les gestes permettant d’intervenir en sécurité sur une installation au propane sont maîtrisés.

L’ammoniac : la formation doit être adaptée au risque

La situation est comparable pour l’ammoniac.

Le référentiel prévoit notamment la connaissance théorique des prescriptions de sécurité et des équipements de protection individuelle. Ces connaissances sont évidemment nécessaires pour intervenir sur une installation fonctionnant à l’ammoniac.

Mais en France, le cadre réglementaire applicable aux installations classées fonctionnant à l’ammoniac (ICPE rubrique 4735), notamment au-delà de 150 kg, va plus loin. Il prévoit des exercices d’entraînement périodiques, au moins tous les deux ans. À mettre en perspective avec la F-Gas, qui prévoit une remise à niveau d’une heure pour la catégorie C (ammoniac), tous les sept ans.

Autre différence importante : la F-Gas n’aborde pas réellement la mise en œuvre du scaphandre chimique et de l’appareil respiratoire isolant (ARI). Pourtant, ce sont précisément ces équipements qui permettent d’intervenir en sécurité face à certaines situations de fuite d’ammoniac.

C’est pour cette raison que, chez Frigoristes Solidaires, nous proposons une formation initiale de 21 heures, puis un recyclage de 14 heures tous les deux ans, construit autour d’un exercice pratique sous forme d’escape game simulant une fuite d’ammoniac.

Les participants doivent analyser la situation, s’équiper d’un scaphandre et d’un ARI, puis intervenir dans des conditions proches de celles qu’ils pourraient rencontrer sur une installation réelle.

L’objectif est simple : connaître les risques est indispensable, mais savoir y faire face en situation réelle l’est tout autant.

Le CO₂ pose une autre question

Le référentiel prévoit désormais une attestation spécifique au CO₂, alors même que cette technologie est devenue incontournable dans notre métier de frigoriste.

Avec sa classe de sécurité A1, non inflammable, on peut d’ailleurs se demander s’il n’aurait pas été plus logique de rapprocher le CO₂ de la catégorie A1 plutôt que d’y intégrer les hydrocarbures.

Là encore, le référentiel est particulièrement ambitieux : diagramme enthalpique, efficacité énergétique, compression parallèle, éjecteurs, mais aussi mise en service et interventions pratiques. Tout cela sans fixer clairement de durée minimale de formation préalable ni de niveau d’entrée réellement défini.

On risque donc de voir se croiser, dans une même formation, des techniciens très expérimentés en CO₂ et d’autres qui découvrent encore cette technologie, avec pourtant le même objectif à l’arrivée : obtenir l’attestation leur permettant d’intervenir sur une installation au CO₂.

La réglementation crée bien une catégorie B spécifique au R744/CO₂ et impose que les personnes réalisant les opérations concernées disposent de l’attestation d’aptitude correspondante.

Mais comment s’assurer que cette nouvelle obligation sera réellement appliquée sur le terrain et que l’ensemble des techniciens intervenant sur des installations au CO₂ seront effectivement titulaires de cette catégorie B ?

L’enjeu sera donc de s’assurer que cette nouvelle obligation se traduise réellement sur le terrain par une montée en compétences de l’ensemble des techniciens amenés à intervenir sur ces installations.

Une certification n’a de sens que si elle permet réellement d’élever le niveau de compétence des professionnels auxquels elle s’adresse.

Conclusion

Depuis de nombreuses années, la réglementation F-Gas a contribué à faire progresser notre profession et à renforcer les compétences des frigoristes.

Mon interrogation porte aujourd’hui sur la mise en œuvre des nouvelles attestations, qui intègrent désormais le CO₂, l’ammoniac et les hydrocarbures.

Les référentiels sont ambitieux, mais l’absence de prérequis et de durée minimale de formation semble difficilement compatible avec les compétences attendues. L’absence de pratique dans certaines remises à niveau pose également une véritable question de sécurité.

J’espère que les entreprises, installateurs et fabricants ne s’arrêteront pas au minimum réglementaire et continueront à former leurs salariés pour leur permettre de réellement monter en compétences et de travailler en sécurité.

Frigoristes Solidaires propose la remise à niveau A1 de l’attestation d’aptitude, ainsi que des formations pratiques complémentaires au R290, CO₂ et ammoniac.

Informations : www.frigoristessolidaires.com