Les fluides bas GWP ont le vent en poupe dans la clim tertiaire, poussés par la F-Gas et des mesures gouvernementales. Cet engouement tend faire évoluer le marché qui était jusqu’alors dominé par les DRV.

Les fluides HFC sont dans le viseur de la F-Gas depuis plusieurs années. Cela pousse les fabricants de climatiseurs à opter pour des fluides frigorigènes avec des potentiels de réchauffement planétaires (PRP ou GWP en anglais) plus faibles. Sur le segment des DRV, qui occupent une bonne part de marché dans le tertiaire, le R 32 attise actuellement la convoitise. Avec un GWP de 675, il a vocation remplacer le R 410A (GWP de 2087,5). « Dans le tertiaire, la plupart de nos DRV fonctionnent encore au R 410A mais cela évolue », informe Frédéric Pignard, directeur RSE-RI chez Daikin France. Le groupe a lancé l’an dernier le VRV 5 série S au R 32 (avec une puissance comprise entre 12 et 18 kW). Daikin prévoit d’étendre cette offre aux autres DRV d’ici l’été 2022. De même, Panasonic propose depuis peu une gamme de cinq DRV de petite puissance (12,1 28 kW) au R 32. Si les DRV au R 32 se développent, les fabricants se heurtent à quelques difficultés pour basculer sur des fluides très faible GWP tels que les HFO. « L’utilisation des HFO n’est pas possible dans les DRV car ils ne conviennent pas la typologie de cet équipement », explique Frédéric Pignard.

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© Lennox

Des nouvelles gammes aux fluides bas GWP

A contrario, certaines installations sont compatibles avec les fluides HFO, comme le R 1234ze qui affiche un GWP inférieur à 1. « Le R 1234ze est un fluide “ basse pression ” qui est principalement utilisé sur des chillers moyenne et grosse puissance avec des technologies de compresseurs à vis ou turbocompresseur », détaille Frédéric Pignard. Daikin propose ainsi une gamme de chillers pour le tertiaire fonctionnant au R 1234ze mais également au R 32. « Le R 32 est un fluide dit “ haute pression ” qui est plutôt utilisé dans les chillers de petites et moyennes puissances disposant de technologies de compresseurs scroll ou piston », souligne Frédéric Pignard. De son côté, Trane Technologies a opté pour le réfrigérant R 454B pour sa gamme de chillers, de PAC et d’unités de toiture pour le tertiaire. Ce nouveau fluide présente un GWP de 466, soit 30 % de moins que le R 32. « Nos gammes pour le tertiaire fonctionnent avec des compresseurs scroll qui sont encore en phase d’essai sur les HFO. C’est la raison pour laquelle nous ne proposons pas encore ces fluides pour le tertiaire », relate Rémy Cartaillac, directeur commercial chez Trane France. D’une puissance allant de 50 700 kW, ces équipements utilisaient jusqu’alors du R 410A. Selon les gammes, la bascule vers le R 454B s’effectuera entre mai 2021 et janvier 2022.
« Nous voyons galement arriver des chillers au R 513A qui a un GWP de 573. Les fabricants développent aussi des centrales de traitement d’air de toiture (roof-top) au R 32 ou au propane », constate Emmanuelle Brière, responsable froid, conditionnement d’air, pompes à chaleur air/air du syndicat des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques (Uniclima).

Des réglementations contraignantes dans le tertiaire

Le R 32, le R 454B ou encore le 1234ze sont des fluides légèrement inflammables classés A2L. Il est possible de les utiliser dans les tablissements recevant du public (ERP) mais sous certaines conditions. La réglementation incendie CH35 impose aux fabricants et aux poseurs de mettre en place des organes de sécurité supplèmentaires (sondes de détection, alarme sonore et visuelle, vannes d’arrêt, ventilation de sécurité…) pour les ERP de catégorie 1 à 4, notamment lorsque le fluide circule l’intèrieur du bâtiment, ce qui est le cas avec les DRV. Une distance de sécurité doit également être respectée, en particulier pour les unités placées l’intèrieur des bâtiments. « La réglementation spécifique aux immeubles de grande hauteur interdit l’utilisation des fluides inflammables classés A2L », informe par ailleurs Emmanuelle Brière.

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© Panasonic

Les chillers gagnent des parts de marché

Cette transition vers des réfrigérants à plus faible impact environnemental profite largement aux groupes refroidisseurs d’eau. « Dans la clim tertiaire, le vainqueur est clairement le chiller, qui a progressé de 11 % l’an dernier », confirme Emmanuelle Brière. Avant d’ajouter : « Le gouvernement a mis en place un dispositif d’aide pour les entreprises qui rénovent leurs installations afin de ne plus utiliser de HFC, ce qui joue notamment en faveur des groupes de production d’eau glacée ». Par ailleurs, les réglementations propres au tertiaire (voir encadré) sont moins contraignantes pour ces installations, comme l’explique Rémy Cartaillac : « Elles sont assez favorables aux groupes refroidisseurs d’eau qui permettent de maintenir le réfrigérant l’extèrieur des locaux traiter, ou dans un local technique dédié ». Fort de ce constat, Trane Technologies affiche des objectifs ambitieux. « Notre but est de doubler notre part de marché en chillers/ PAC scroll sur le tertiaire d’ici 2023 », révèle le directeur commercial. Si certains fabricants ont sauté le pas en basculant vers des fluides faible GWP, le R 410A reste tout de même majoritaire sur ce segment. « Les chillers fonctionnant au R 410A représentaient encore 77 % du marché en 2020 », rappelle Benoît Lecornu, responsable marketing chez Panasonic. Pour le moment, le fabricant japonais propose uniquement des chillers au R 410A pour le tertiaire. « Nous avons lancé notre gamme récemment (fin 2019), nous évoluerons vers d’autres fluides sur notre prochaine génération de groupes d’eau glacée », confie Benoît Lecornu.

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© Daikin

Daikin mise sur le fluide régénéré

Daikin a lancé fin 2019 un DRV (VRV IV) intégrant du fluide régénéré appelé VRV Loop. Dans ce cadre, le groupe récupère du fluide R 410A, le recycle, le retraite et le régénère. « Le fluide régénéré retrouve la même composition chimique et caractéristique physique qu’au départ », précise Frédéric Pignard. Cela permet de réduire la production de réfrigérant vierge. « Le fluide régénéré a un GWP de 0 et n’est donc pas comptabilisé dans les quotas F-Gas », indique Frédéric Pignard.

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