Le navire Wonder of the sea de Royal Caribbean
À propos de l'auteur

Edouard Chalhoub
Formateur et créateur de contenu en réfrigération.
- Spécialisé Ammoniac (R 717), CO2 (R 744) et propane (R 290).
- Fondateur de Frigoristes solidaires.
- Chargé d'études Bronswerk Snori.
Les Chantiers de l’Atlantique sont considérés comme un fleuron de l’industrie française, avec l’État comme actionnaire majoritaire. L’entreprise représente 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 10 000 personnes, dont 3 700 salariés. Des armateurs du monde entier font fabriquer en France les plus grands navires de croisière du monde, avec des solutions techniques conçues et développées en France pour décarboner le secteur.

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La conférence des Chantiers de l’atlantique au Pôle Cristal. De gauche à droite : Denis Edelin, Emilie Baelde, Quentin Courjeau.
Les chantiers sont capables de fabriquer un navire en trois ans à partir de la commande, grâce à une phase de conception d’un an et demi réalisée par la direction technique, puis un an et demi de fabrication savamment planifiée pour livrer les bateaux à l’heure, a expliqué Quentin Courjeau, ingénieur aux Chantiers de l’Atlantique.
Les ingénieurs des chantiers proposent aux armateurs des solutions techniques pour décarboner le secteur, avec de nombreuses innovations nazairiennes comme les voiles Solid Sail, qui vont propulser le plus grand navire de croisière du monde.
La décarbonation complète du secteur est prévue pour 2050, avec de nombreux défis à relever comme la connexion électrique des navires à quai d’ici 2030, ou encore le classement énergétique des navires, qui permettra d’imposer aux armateurs des solutions comme réduire la vitesse, diminuer la consommation des chiller, et, pour les croisiéristes, de choisir un navire à faible impact environnemental.

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Le site des Chantiers de l’Atlantique à Saint Nazaire se présente comme l’un des plus grands, des plus anciens et en même temps l’un des plus innovants chantiers navals au monde.
L’architecture HVAC sur les navires World Class
Quentin Courjeau a exposé un exemple d’architecture HVAC sur les plus gros navires construits par les Chantiers : la série World Class. Ces navires comportent :
* 2 500 ventilo-convecteurs de cabines ;
* Plus d’une centaine de CTA pour les locaux publics et techniques ;
* Avec 100 km de gaines d’air ;
* Et 50 km de tuyauterie d’eau glacée.
Cela représente une consommation électrique totale de 12 MW soit 15 % de la consommation électrique totale du navire.
Les évolutions techniques envisagées
- Les évolutions techniques permettant de réduire cette consommation reposent, entre autres, sur :
- L’utilisation de compresseurs centrifuges Turbocor à paliers magnétiques ;
- La mise en place de basse pression flottante ;
- L’utilisation de ventilateurs EC à débit d’air variable ;
- La récupération de froid sur le LNG (ou GNL pour Gaz naturel liquéfié) ;
- Des pompes à chaleur haute température lors de l’arrêt des moteurs à quai.
Enfin, Quentin Courjeau a expliqué que les chantiers développent des modélisations complètes des navires (jumeaux numériques) en fonction du type de croisière pour accompagner les armateurs dans l’exploitation des navires.

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Chillers avec compresseurs à paliers magnétiques Bronswerk Snori.
Installation d’un chiller à absorption
Émilie Baelde a présenté ensuite le projet qu’elle a mené concernant la mise en place d’un chiller à absorption sur le prochain navire en construction, avec pour objectif d’économiser 0,5 % sur la consommation de fuel annuelle. À l’échelle d’un paquebot, 0,5 % représente plusieurs centaines de tonnes de fuel par an.
Lors des phases de navigation, il existe un excès de chaleur à bord, qui va être valorisé grâce à une machine à absorption produisant 1 MW de froid pour seulement 7 kW de puissance électrique consommée, grâce à 1,2 MW de puissance chaude valorisée.
Cette solution vient en parallèle sur le réseau hydraulique des chiller, la machine à absorption étant en soutien mais non prioritaire par rapport aux autres consommations d’eau chaude (comme les douches).
La place à bord étant comptée, malgré ses avantages, l’encombrement de la machine à absorption représente un défi, avec 15 m²/MW contre 3,6 m²/MW pour un chiller classique, rendant son intégration en zone machine complexe.

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Machines à absorption Bronswerk Snori.
Spécialiste du naval
Bronswerk Snori est une société française créée en 1979. Elle est spécialisée dans les solutions HVAC-R destinées aux navires civils et militaires.
Implantée historiquement à Mondeville (14), l’entreprise a récemment renforcé sa présence en France avec l’ouverture en septembre 2023 d’un site de fabrication à Quimper (29), puis en novembre 2025 l’ouverture d’un autre atelier logisitque à Hennebont (56). Chaque site dispose de son bureau d’études intégré en mécanique, HVAC, réfrigération, électricité et automatisme. Un bureau d’études situé à Rezé (44), créé en février 2024, complète ses implantations.
Son savoir-faire couvre notamment la réalisation de « chillers » équipés de compresseurs centrifuges à paliers magnétiques, le développement de solutions utilisant des fluides frigorigènes tels que le CO2, ainsi que l’intégration de machines à absorption.
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