Biocontamination Selon Serge Bresin, associer climatisation et ventilation constitue la combinaison idéale pour à la fois lutter contre les agressions thermiques du climat et améliorer la qualité d’air intérieure. Explications. 

L’émission de microbes, virus et autres biocontaminants peut avoir différentes origines. Serge Bresin, directeur chez Conditionair et président du Snefcca Ile-de-France précise : « Dans le cas de la transmission par l’air, les contaminants sont souvent d’origine humaine : ils sont dans le souffle de la respiration, la toux et l’éternuement. Les particules émises se déplacent au gré des flux d’air, se déposent sur des surfaces (poignée, clavier, souris d’ordinateur, etc.). C’est ainsi que la transmission des biocontaminants s’organise. » La biocontamination est plus largement partagée dans des milieux denses en population comme les salles de classe, les salles de spectacle, les avions, etc. Plus les sources de contamination sont nombreuses dans un espace donné, plus la concentration en biocontaminants augmente, plus le risque d’être contaminé par un virus présent dans l’air augmente. Pour mieux maîtriser la qualité de l’air intérieur, il en va de la même méthode que pour une installation frigorifique : il y a les apports thermiques ou biocontaminants qui viennent de l’intérieur et les apports externes ou biocontaminants qui sont introduits dans les locaux. Pour lutter contre le risque de contamination, il existe deux méthodes : la dilution (introduction d’air extérieur) et la filtration (sur l’air soufflé). Dans les deux cas, un cloisonnement – une barrière ou une distance , est possible pour se protéger. Comme il n’est pas toujours facile de quantifier la concentration en biocontaminants, il est nécessaire de se référer à des analyses d’air et aux réglementations en vigueur. 

Ventiler pour assainir

« Au début du développement des salles blanches, le recours au principe de dilution était courant, poursuit Serge Bresin. Il consiste à introduire un pourcentage d’air extérieur dans l’air soufflé. En supposant que l’extérieur soit plus sain, il est possible de réduire la concentration en biocontaminants à l’intérieur. » En 1946, Bourdillon et Colebrook ont montré l’intérêt de renouveler l’air ambiant plus de 60 fois par heure pour « voir disparaitre soudainement le nuage bactérien ». Au début des années soixante, un chirurgien anglais, le professeur Charnley, a réussi à réduire de 9 à 1,3 % le taux de contamination des patients opérés de la hanche. 

De l’intérêt de la filtration

Pour rendre le principe de dilution encore plus efficace, il est possible de lui ajouter de la filtration. Dans les ERP (établissements qui reçoivent du public), le renouvellement d’air est obligatoire en fonction du nombre d’occupants. L’un des grands lieux de contamination collective est le système scolaire. Or un décret exonérait les bâtiments publics de cette disposition ce qui fait que la plupart des écoles, collèges, lycées et universités sont construits sans amener d’air neuf. Un meilleur renouvellement de l’air y serait bénéfique. 

Climatisation et santé

Il y a 50 ans, une bonne climatisation était une installation centralisée par laquelle on faisait passer l’air de tous les locaux à climatiser. Cette conception aboutissait à un mélange de l’air de plusieurs pièces pour le meilleur (une température égalisée partout) et le pire (le passage des biocontaminants de l’un à l’autre). Ce partage du bien commun, l’air ambiant, faisant l’objet de contestations, la climatisation a évolué vers une conception plus individualiste. Aujourd’hui, la climatisation décentralisée a pris le dessus. Chaque pièce est équipée d’un climatiseur autonome. Ainsi l’utilisateur dispose de la liberté de régler son climatiseur à sa convenance. Comme l’air ambiant est brassé 6 à 10 fois par heure, le risque de contamination est important mais peut être réduit par un contrôle des allées et venues dans chaque pièce. « Pour améliorer cette situation, il faut agir sur l’endroit le plus contaminé d’un climatiseur : sa batterie froide. En effet, c’est là que la flore microbienne est la plus importante du fait de la présence d’humidité. L’incorporation dans certains climatiseurs (gainables, ventilo-convecteurs et centrales de traitement d’air) d’émetteurs UVc* a pour effet de casser les chaînes ADN de la flore microbienne. Résultat : la batterie reste propre, même plus besoin de la nettoyer », conclut Serge Bresin. La solution idéale reste l’association de la climatisation, pour lutter efficacement contre les agressions thermiques du climat, et la ventilation pour améliorer la qualité d’air intérieure. 

Repères

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©D. Eskenaz

Il a dit

« Une leçon à tirer de la crise du Coronavirus et de manière générale pour mieux endiguer les pandémies, pourrait consister à généraliser le système de la dilution dans tous les lieux à forte densité de population. L’association avec une filtration permet d’aboutir à une efficacité optimisée. » Serge Bresin .

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